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Il était une fois, un jeune garçon qui aimait jouer dans la lingerie. Il appréciait l'odeur de la lessive, le chant de la vapeur du fer à repasser.
Il passait des heures à regarder sa maman plier le linge.
Il admirait ses gestes précis. Cette après midi là, sa maman l'avait laissé
seul dans la grande maison. Il avait peur et courut se réfugier dans la lingerie. Il se blottit contre le grand panier d'osier qui recueillait le linge propre en attente de repassage. L'horloge qui égrène les heures, remplissait le silence de la pièce de son tic tac, tic tac, monotone et régulier. Le petit garçon regardait les aiguilles de l'horloge. La petite, apparemment immobile, la grande, avançant de manière à peine perceptible.
Sur le balancier métallique, une fillette tenait une badine pour faire avancer un mouton, elle se tourna vers l'enfant réfugié contre la balle à linge, et lui sourit :
- Dis, je voudrais sortir de la pendule, peux-tu m'aider ? demanda la petite fille. le coq, qui dodelinait lui aussi sur le balancier, secoua ses ailes et tourna un bec hostile vers le petit garçon qui n'osa bouger.
-Dis, peux-tu m'aider à sortir cette pendule, insista la petite fille. L'enfant se leva, se dirigea vers l'horloge, pris la main de la fillette, tira vers lui. Le tic tac, tic tac de la pendule se fit agressif.
- Que fais-tu ? gronda le balancier. Lâche lui la main, sinon le coq te piquera avec son bec tout pointu.
Tu n'as pas le droit de la faire sortir ! L'enfant ne savait plus que faire, pris entre le regard suppliant de la petite fille et le bec féroce du coq.
- Aide-toi, pleura la fillette.
- Méfie-toi, tonna le balancier. Le tic tac, tic tac se fit sinistre. Mais le regard de la petite fille fut si implorant que le petit garçon tira d'un coup sec sur son bras et tous les deux tombèrent à la renverse.
- Merci ! dit la petite fille, tout en époussetant sa robe.
- De rien !
- Tu me fais visiter ta maison ?
- Où veux tu aller ?
- Dans ta chambre, voir tes jouets ! Le petit garçon reprit la main de la petite fille. Ils longèrent le couloir. Les tableaux et les photos des ancêtres les regardaient d'un air hostile et mauvais. Il ouvrit la porte. Les jouets formaient un mur, interdisant le passage. Le camion de pompier, son jouet préféré, fit tourner ses gyrophares et retentir ses sirènes :
- Tu n'avais pas le droit de la faire sortir de l'horloge. Tu as désobéi ! Tu es notre prisonnier. La petite fille, nous allons en faire de la chair à pâté.
- Pas le droit ! Prisonnier ! chair à pâté ! Pas le droit ! Prisonnier ! chair à pâté ! reprenaient les jouets. Affolé, le petit garçon partit vers la salle de bain pour se cacher, sans lâcher la main de la petite fille. Il ouvrit et referma la porte précipitamment. Quelle ne fut pas sa frayeur en voyant la mousse de la bombe à raser de son père sortir à gros bouillons. Devant cette monstrueuse avalanche blanche qui se dirigeait vers eux pour les engloutir, il recula. Le vaporisateur à parfum tournait sur lui-même, aspergeant murs et glaces d'un liquide acide qui rongeait tout sur son passage. Que faire ? Tout doucement, le petit garçon entrouvrît la porte tirant la petite fille dans le couloir. Sur les murs tableaux et photos des ancêtres roulaient des yeux emplis de colère, de menaces.
Il entendit une voix gronder :
Texte et voix de Maud Miran - Photos Dan & Maud Miran


-Tu n'avais pas le droit de la faire sortir de l'horloge. Tu as désobéi ! Tu es notre prisonnier.
La petite fille, nous allons en faire de la chair à pâté ! Le petit garçon et la petite fille descendirent les escaliers en courant. Le tapis qui protégeait les marches se gondolait de méchanceté. Arrivés dans le salon, le petit garçon jeta un regard circulaire. Tout paraissait calme. Les deux fauteuils de cuir ne
bougeaient pas, leurs bras tendus. La table basse paraissait tranquille sur ses quatre pieds en
bois exotique. Les revues somnolaient en attendant d'être lues. Les plantes près des fenêtres
regardaient à travers les rideaux, la circulation des voitures dans la rue. Les gravures aux
paysages figés, aux mers déchaînées, aux fleurs sans parfum restaient immobiles. Sauf... sauf,
le bureau imposant du père. Il oscillait, la lampe qui éclairait le soir d'une douce luminosité
dirigeait vers les deux enfants une lumière aveuglante. Le stylo noir se redressa et hurla :
- Tu n'avais pas le droit de la faire sortir de l'horloge. Tu as désobéi ! Tu es mon prisonnier.
La petite fille, je vais en faire de la chair à pâté !
- Mais c'est elle qui voulait !
-Tu n'avais pas le droit de la faire sortir de l'horloge. Tu as désobéi ! Tu es mon prisonnier. La petite fille, je vais en faire de la chair à pâté !
- Vite à la cuisine ! murmura le garçon. Mais là aussi, tout était sens dessus dessous. Les casseroles et les couvercles se cognaient les uns contre les autres en un bruit de tonnerre. Les poêles tournaient en projetant des flashes aveuglants. Les fourchettes sorties des tiroirs montraient leurs dents. Les
couteaux leur côté tranchant. Les pâtes hors de leur bocaux formaient une échelle d'où descendaient les carrés de sucre, telle une armée. Et tous criaient :
- Tu n'avais pas le droit de la faire sortir de l'horloge. Tu as désobéi ! Tu es notre prisonnier. La petite fille, nous allons en faire de la chair à pâté ! La peur clouait l'enfant. Le petit garçon sentit la main de la petite fille qui le tirait pour le faire sortir de cet effroi. Elle avait beau le secouer, rien n'y faisait. Il ne bougeait pas, paralysé par l'épouvantable tableau offert par la cuisine.
- Réveille toi, réveille toi, je suis arrivée, dit une voix familière.
- Maman ! cria le petit garçon en se précipitant dans les bras ouverts. Discrètement, par dessus
son épaule, il jeta un coup d'œil apeuré sur l'horloge. Le coq du balancier, la petite fille à la
badine étaient là comme à l'habitude. Le tic tac, tic tac régulier et monotone envahissait le
silence de la pièce.