Personne ne sait quand c'est arrivé. Au temps des châteaux forts ou au temps des palais, au temps des révolutions ou au temps des croisades. C'était un temps il y a longtemps? C'était peut être hier?
Personne ne sait quand, personne ne sait où.
C'était l'heure où les étoiles et la lune s'allument.
Tous les conteurs du monde s'étaient donné rendez-vous dans cette clairière, loin de tous ceux qui n'étaient pas eux.
Grand conciliabule. Tous avaient des histoires, et leurs histoires ils ne voulaient plus les partager !!
Les contes qu'ils racontaient, c'était leurs contes et pas ceux d'un autre!
Ce soir ils devaient statuer : chaque conteur serait possesseur de ses mots et personne d'autre ne pourrait les dire !
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Texte et voix de Maud Miran - Photos Dan.
A l'écart se tenait un homme, dans sa main le bâton des conteurs, le pommeau sculpté à son effigie. Il avait un chapeau à large bord, de drôles de lunettes, une barbe poivre et sel. Sous son manteau ouvert, on devinait son gilet, son pantalon à rayures. Il ne pipait mot, attentif à ce qui se disait autour de lui.
Il était l'heure où les étoiles et la lune s'éteignent, quand ils se séparèrent, satisfaits de leur accord. Le conteur, qui n'avait rien dit, sortit de sa poche une pelote de fil d'argent. Tout doucement, il accrocha son fil aux besaces des conteurs, les sacs à histoires que tous trimballent sur leurs épaules!

Le premier conteur qui était passé devant l'homme muet, s'arrêta dans une auberge. Il demanda au tenancier, si contre une ou deux histoires tirées de son sac, il pourrait bénéficier d'une nuit confortable, bien au chaud dans l'étable, après un repas frugal de pain, de fromage accompagnés d'une pinte de vin.

L'aubergiste ne refusa point! Son hôtellerie était pleine à craquer et les esprits étaient échauffés par le vin, la chaleur et les dernières augmentations d'impôts!
Le conteur ouvrit son havresac : vide ! plus d'histoires à faire peur, à faire rire, à faire pleurer. Rien, son cerveau était en marmelade, ses idées en bouillie. Aucun son ne sortait de sa bouche. Effrayé, il sortit précipitamment dehors en se disant : c'est l'air enfumé de ce lieu grouillant de monde qui lui brouillait les neurones. Quoique, à cette époque, je ne sais pas si on avait inventé les neurones?
Le deuxième arriva sur la jolie place fleurie d'un village. Prés de la fontaine, les enfants jouaient. Il faisait chaud, l'eau crachée par la grenouille en bronze était une merveille de munitions pour arroser ses copains !
Les enfants l'ont reconnu tout de suite avec son bâton et son sac à mots sur l'épaule. Ils l'appelèrent ! Le conteur s'assit sur la margelle de la fontaine. Les mots, en désordre, sortirent de sa bouche. Son histoire n'avait ni queue ni tête. En silence, les enfants s'éloignèrent, les yeux emplis de tristesse et de reproches.
Ce jour là, l'eau de la fontaine ne chanta plus .
Un autre conteur arriva devant un château. Grande fête il y avait : la fille du châtelain se mariait avec le fils du cordonnier.
Les invités aperçurent le passeur d'histoires. Ils lui demandèrent de clore cette belle journée par ses récits merveilleux.
Les dansent achevées, les jongleurs fatigués, vint l'heure douce des contes. Le narrateur ravi s'installa au milieu de la pièce. Les phrases se bousculèrent, son histoire était sens dessus dessous. La fin avant le début, le milieu à la fin. Les murmures de désapprobation devinrent des cris de protestation. Le conteur malheureux, s'enfuit à toutes jambes le cœur lourd !
Les colporteurs de mots racontaient tout de travers. Les conteurs sur le fil du rasoir perdaient le fil de l'histoire, mélangeant le vrai et l'imaginaire, le passé et le présent, diffusant des fausses nouvelles, de villes à villages, de bourgs à hameaux. Ils furent à la naissance de nombreux conflits. Depuis, on dit que les conteurs sont des menteurs.
Personne ne sait quand, personne ne sait où.
C'était l'heure où les étoiles et la lune s'allument.
Tous les conteurs du monde s'étaient donné rendez-vous dans cette clairière, loin de tous ceux qui n'étaient pas eux.
Grand conciliabule. Pourquoi les conteurs ne pouvaient pas conter? Pourquoi les mots s'emballaient ou ne sortaient des bouches? Dans la foule un murmure :
_ C'est la faute des fées !
Cela fit autant de bruit qu'un coup de tonnerre.
_ C'est la faute des trolls !
_ Non, des korrigans !
_ Oui, oui, des sorcières !!!!
_ des elfes, des dragons !!
_ Faut les tuer !!!
_ A la chasse au monde des ... le reste de la phrase se perdit sous les applaudissements.
Un conteur à béret remarqua un homme à l'écart, dans sa main le bâton des conteurs, le pommeau sculpté à son effigie. Il avait un chapeau à large bord, de drôles de lunettes, une barbe poivre et sel. Sous son manteau ouvert, on devinait son gilet, son pantalon à rayures. Il ne pipait mot, attentif à ce qui se disait autour de lui.
Il était l'heure où les étoiles et la lune s'éteignent, quand ils se séparèrent, satisfaits de leur accord. Le conteur, qui n'avait rien dit, sortit de sa poche une pelote de fil d'or. Tout doucement il accrocha son fil aux besaces des conteurs, les sacs à histoires que tous trimballent sur leurs épaules.
Les conteurs arpentèrent les chemins des forêts, les grottes, les vieux châteaux, les châteaux en ruines, les châteaux neufs, les châteaux forts, les châteaux en Espagne, espérant mettre la main sur les coupables. Mais l'essence des conteurs, leur originalité, leur âme d'enfant s'étaient échappés par le fil d'or !
Si un conteur voulait conter ne sortait de sa bouche qu'un demi point d'exclamation, un quart de virgule, une lettre abrégée, le silence.
Les conteurs hoquetaient, le monde toussait, les hommes, les femmes, les enfants avaient froids. Les histoires pour rêver, manquaient.
Personne ne sait où, personne ne sait quand, mais un jour de début de printemps, une petite fille au sourire doux suivait un conteur marchant tête basse, traînant les pieds dans la poussière, le sac à contes béant :
_ Dis Monsieur... je sais pourquoi il n'y a plus d'histoires dans ton sac !!!
_ Toi? tu sais? Impossible ! nous les conteurs avons cherché en vain les contes perdus, nous ne les avons jamais retrouvés, et toi tu sais ?
_ Dis Monsieur, les mots des histoires, de tes histoires, sont partis par là, tes mots ont glissé sur les fils accrochés à ton sac !!
L'homme posa sa besace :
_ Tu as peut être raison !!!
Personne ne sait quand, personne ne sait où.
C'était l'heure où les étoiles et la lune s'allument.
Tous les conteurs du monde s'étaient donné rendez-vous dans cette clairière, loin de tous ceux qui n'étaient pas eux.
La grande question fut posée:
_ Pourquoi les histoires s'étaient-elles fait la malle, pourquoi les mots avaient-ils perdus le sens de l'histoire et pourquoi les histoires avaient-elles perdu le fil de l'histoire?
Le conteur à béret regarda l' homme qui se tenait à l'écart, dans sa main le bâton des conteurs, le pommeau sculpté à son effigie. Il avait un chapeau à large bord, de drôles de lunettes, une barbe poivre et sel. Sous son manteau ouvert, on devinait son gilet, son pantalon à rayures. Il ne pipait mot, attentif à ce qui se disait.
_ Et toi, le silencieux, tu as quelque chose à dire?
_ Oui, je sais les pourquoi !
_ Raconte.....
_ Le premier des premiers conteurs avait donné ses mots à tous. Il avait raconté ses histoires au vent qui les a semées dans le monde entier, et vous, vous les avez emprisonnées, chacun fermant sa besace à double nœuds, en les empêchant de vivre, de grandir. En devenant leur propriétaire, vous les avez étouffées ! Laissez les vivre, laissez les grandir au travers des imaginaires et tout redeviendra comme avant.
Il était l'heure où les étoiles et la lune s'éteignent quand ils se séparèrent : les contes n'appartenaient plus à personne, ils étaient à tous !!!!
Sur les chemins, les conteurs sentirent leur sac plus lourd sur leurs épaules. Quand ils racontaient les histoires, elles étaient dans le bon sens, et l'histoire avait dorénavant un sens !